« La démocratie n’existe ni aux USA, ni en France, Danielle Mitterrand | Page d'accueil | La république sociale, Jean Jaurès »
10.04.2006
La nation humaine latino américaine face à la globalisation, Tomas Hirsch
À l'époque où nous vivons, il est très difficile pour le citoyen ordinaire de se sentir acteur de changement dans les évènements sociaux. "Dans quel costume ?" se demande-t-il, se résignant à être le passager plus ou moins chanceux d'un bateau dont il ignore complètement l'itinéraire et la destination. Les urgences quotidiennes nous font souvent oublier que nous voyageons avec d'autres personnes vers "quelque part" et nous imaginons que demain sera la répétition sans fin de ce qui se passe aujourd'hui. Nous commençons à croire que le changement global est le résultat d'accumulations faites par des millions d'efforts individuels et nous cessons alors de nous préoccuper du destin collectif. Nous nous enfermons dans notre ruche pour jouer le rôle d'abeilles qu'ils nous ont assigné et ce avec plus ou moins de brio.
Cependant, ne pas sentir la Terre tourner ne signifie pas qu'elle s'est arrêtée de tourner. Que nous le voulions ou pas, notre destin individuel dépend de celui du système dans lequel nous sommes inclus et non l'inverse. C'est comme si nous étions dans un train qui se dirigeait vers un précipice ; nous n'éviterons pas l'accident en changeant de sièges à l'intérieur du wagon. Nous devrions plutôt arrêter le convoi ou changer sa direction.
En tant qu'individu nous faisons partie d'une structure sociale majeure qui, étant en mouvement, est soumise à des transformations et à des changements que nous ne comprenons ni ne savons interpréter. L'unique évidence est que nous allons irrémédiablement là où elle va (de même que nos enfants et petits-enfants.). En prendre conscience nous amène à nous demander où cela nous conduit-il ? Vers une situation meilleure ou une situation pire ? Et si la direction est destructrice, comme semble l'indiquer notre expérience quotidienne, que peut-on faire pour la modifier ?
Il est difficile de répondre à ces questions. Aujourd'hui, plus que jamais - puisque le système dont nous faisons partie est global et non plus local - il ne s'agit pas d'un pays ou d'une région, mais du monde et cela semble un défi disproportionné pour un « pauvre mortel » qui voit sa vie également touchée, quel que soit le lieu où les choses arrivent.
Le fait que nous soyons un tant soit peu aveugles, ignorant certaines dimensions comme par exemple les aspects structurels ou de processus, ne signifie pas que cela a toujours été ainsi ; mais aujourd'hui, beaucoup de facteurs produisent cet aveuglement.
Depuis toujours, les êtres humains ont tenté de comprendre les lois qui régissent l'Histoire afin de donner une direction intentionnelle et non accidentelle à ce processus. Cette compréhension est actuellement plus nécessaire que jamais, avant qu'il ne soit trop tard.
Ce n'est pas la première fois dans l'histoire, que l'être humain se trouve à la croisée des chemins. Cela lui est déjà arrivé de nombreuses fois. Cependant, aujourd'hui, la réponse ne viendra pas de leaders illuminés qui imposeront aux populations leur solution d'en haut. La réponse viendra des peuples réunis, car ce sont eux les véritables protagonistes de l'histoire. De nombreux indicateurs montrent que cela se produit déjà sous différentes latitudes et il est nécessaire d'être attentifs à ces signes avant-coureurs.
Notre intention est de contribuer à cette recherche en essayant d'amplifier la perspective par rapport au moment que nous vivons. Lorsque nous grimpons au sommet d'une montagne nous voyons mieux les choses et nous pouvons mettre en relation ce que nous étions incapables de percevoir d'en bas. Prendre du recul par rapport à ce moment historique peut nous aider à trouver plus rapidement les réponses que nous cherchons.
La globalisation, une impasse
Le paradoxe du système
Un fait singulier de notre histoire caractérise la crise actuelle : le monde, la société humaine, se dirigent vers un système unique et fermé. Plus d'une personne pourra se demander en quoi cela l’affecte personnellement. La dynamique structurelle de tout système fermé tend à se diriger vers chaque fois plus de désordre. Prétendre mettre de l’ordre dans ce désordre croissant, a pour unique effet de l’accélérer. Un individu qui voudrait s’isoler pour vivre en paix, ne pourrait donc échapper au chaos qui affecte la structure dont il fait partie [1].
Un centre impérial qui tente d’imposer un Ordre Nouveau mondial « disciplinant » les sociétés, afin qu’elles se soumettent à un modèle socioculturel unique, obtient exactement le contraire, comme on le constate tous les jours partout dans les médias: les différences s’accentuent et les conflits se polarisent. Une caractéristique particulière, inhérente au moment actuel, est que les conflits ne sont plus géopolitiques comme ceux de la Guerre Froide, mais culturels et ethniques. Rappelons-nous la guerre des Balkans et le conflit avec l’Islam, pour citer les plus importants.
De nombreux indicateurs de ce « désordre » progressif, par simple inertie, pourraient tendre, dans le futur, à aller jusqu’à la décomposition totale du système. L'effondrement de l’Union Soviétique, il y a quelques années, n’est pas une victoire du capitalisme, comme le présentent les défenseurs de ce modèle qui ont tout intérêt à le voir ainsi. Peut-être s'agit-il d'une anticipation de ce qui leur arrivera aussi dans un futur proche.
Comme on le voit, à ce stade, il ne s’agit plus de bonne ou mauvaise volonté d’individus et de peuples mais d’une mécanique qui, à un moment donné, a été mise en marche par une minorité irresponsable, abusant du pouvoir arbitraire qu’elle détenait. Cette mécanique se poursuit, par inertie, sans que les êtres humains qui en font partie puissent la modifier. Le problème ne réside pas dans les contenus mais dans le « contenant », d'autant plus si c'est le seul à exister. Nous disons que même en s'efforçant de résoudre les graves problèmes sociaux et humains qui subsistent dans le monde et dans notre propre société, rien ne sera possible si nous "n’ouvrons pas le système"[2]. Mais l’ouvrir sur quoi, s’il n’y a pas autre chose ? C'est le problème.
Soulignons que lorsque ce même processus s’est produit dans des cultures et des civilisations passées, il ne s’agissait pas d’empires mondiaux. Cela veut dire que les tentatives hégémoniques étaient limitées et, de ce fait, le potentiel de diversités était préservé dans les périphéries les plus éloignées de ces empires. Ces réserves furent le germe de nouvelles civilisations qui remplacèrent la culture dominante, quand celle–ci connut sa décadence.
Aujourd’hui préserver cette diversité est beaucoup plus difficile car le processus est global. C’est donc encore plus nécessaire pour cette raison. Sinon, d’où sortiront les alternatives qui remplaceront la culture dominante qui a commencé à décliner de façon accélérée. De ce point de vue, la préservation de la diversité culturelle n’est pas un rêve nostalgique, du "folklore ethnique", mais une nécessité historique.
La globalisation et ses conséquences.
L’étymologie du mot “homogénéité” veut dire quasiment “gène identique”. Peut-on imaginer la nature misant sur une seule espèce, une forme de vie unique ? Si le processus évolutif s’était donné de cette façon, la vie n’aurait pas duré longtemps sur la surface de la terre et l’espèce humaine n’aurait jamais existé. La vie, dans son déploiement incessant d’adaptation croissante au milieu, s’appuie sur la diversité, s’assurant que quelques-unes des infinies réponses adaptatives qu’elle donne, aient du succès et progressent.
Donc, nous, les êtres humains, poussés par la stupidité pathologique de nos leaders actuels, nous faisons exactement le contraire : nous parions sur l’homogénéisation, sur un style de vie unique, sur une seule réponse d’adaptation que l’on a essayé de généraliser de force sur toute la planète. C’est cela la Globalisation. Si elle échoue, avons-nous un plan B ? se demandera n’importe quelle personne ayant plus de sens commun que ceux qui nous dirigent. Actuellement, il n'y a pas de réponse ; cette alternative n’existe pas ; ou, pour ne pas être pessimiste, elle existe mais elle est faiblement socialisée.
Ce modèle commença avec le surgissement du Capitalisme, renforcé par la Révolution Industrielle. A partir de là, nous avons assisté à la naissance et à l’expansion d’une bourgeoisie chaque fois plus puissante, qui a lutté pour s’approprier le monde. Ce processus est passé par diverses étapes pour arriver au moment actuel dans lequel la concentration du pouvoir financier a anéanti l’industrie, le commerce, la politique, les pays et les individus. Etant arrivé à l’étape de système fermé, nous ne voyons pas d’autre alternative que l’augmentation de l’entropie, jusqu’à sa totale déstructuration.
Nous voyons déjà comment le capital financier international tend à homogénéiser l’économie, le Droit, les communications, les valeurs, les langues, les us et coutumes. Tandis qu’en haut, un monstrueux para Etat[3] se consolide, tentant de tout contrôler, en bas, le tissu social continue son processus inexorable de décomposition. Ces tendances contradictoires vont s’accentuer jusqu’à ce que le vieil espoir de tout uniformiser dans les mains d’un même pouvoir, ne s’évanouisse pour toujours.
Ce qui arrive ensuite est la même chose que ce que nous avons vu lors de décadences des autres civilisations, avec la différence que dans ce système mondial fermé il n’existent pas d’autres expressions humaines pouvant remplacer ce qui s’écroule. Nous pouvons seulement espérer un long et obscur moyen âge mondial. A moins que…
L’ouverture d’un système fermé : du “mono” au “multi”
La tendance à tout uniformiser semble être caractéristique des deux ou trois derniers siècles de notre histoire. Si nous ne nous étions pas uniformisés par “la droite”, comme c'est le cas aujourd’hui, nous l’aurions fait par “la gauche”, puisque les socialismes réels avaient une compulsion très proche. Quand Mao lança sa révolution culturelle, il dit : “que fleurissent mille fleurs”; le slogan sonnait bien, mais ils se chargèrent ensuite de préciser que toutes les fleurs devaient être égales. Les totalitarismes sont mauvais pour les individus parce qu’ils restreignent ou annulent leur liberté par la force. Mais quand un totalitarisme s’impose sur toute l’espèce humaine, comme cela se produit avec la Globalisation, alors le désastre est majeur parce qu'il nous laisse sans autres options de réponse.
La question qui apparaît face au dilemme posé est : vers quoi peut s’ouvrir un système fermé, s’il est unique ? La réponse possible est un peu étrange : vers le dedans, vers l’intérieur, vers sa propre diversité. Heureusement, nous, les êtres humains, ne sommes pas seulement des conditions objectives, mais essentiellement une subjectivité qui varie d’un individu à l'autre, en un merveilleux déploiement multicolore. Ce jardin infini qui constitue l’intention humaine se manifestant dans le monde est la principale réserve de diversité que nous ayons pour trouver une issue face aux chemins qui ressemblent à des impasses. Les peuples de diverses latitudes semblent le deviner : nous sommes en train de passer de l’unique au multiple, en dépit de "ces messieurs" au pouvoir[4].
Dans ce nouveau cadre contextuel qui commence à surgir, la diversité est non seulement tolérée mais elle est aussi valorisée, parce qu’elle contient le germe du futur. L’axe de ce nouveau paradigme n’est déjà plus l’économique, mais le culturel, considéré comme culture la diversité des styles de vie, de relation et de production, qui sont proposés en remplacement du modèle unique central. Dans cette perspective, l’économique est une partie de la culture et non l’inverse, comme l'affirme aujourd’hui « l'économicisme » régnant.
De toutes parts, l’intérêt pour l’authentiquement humain commence à remplacer les intérêts de cette force abstraite, uniformisante et inhumaine qu’est l’argent. Par conséquent, les transformations sociales et économiques urgentes requises, doivent s’orienter à empêcher toute forme de concentration du pouvoir qui inhibe ou réprime l’expression de cette diversité. C’est dans cette direction que s’inscrivent à titre d’exemple, le dépassement de la démocratie représentative par la démocratie plébiscitaire, la régionalisation effective et l’entreprise propriété de ses travailleurs.
Les véritables artistes s’avancent vers le futur. Quand les avant-gardistes des débuts du XXème siècle dirent “l’art ne sert pas à copier la réalité externe, mais à créer de nouvelles réalités”, ils exprimèrent une grande vérité. Les surréalistes proclamaient : "Il y a d’autres mondes mais ils sont dans celui-ci” ; le poète chilien Vicente Huidobro proposait à ses pairs qu’ils ne chantent pas la rose mais qu’ils la fassent fleurir dans leurs poèmes. En d’autres termes, ils valorisaient plus la dimension subjective et créatrice de l’être humain que sa réalité concrète, soit exactement l'opposé de ce que soutient l’actuelle culture matérialiste qui a essayé de s’imposer. Un siècle après, on commence à réaliser, timidement, le rêve de ces visionnaires.
Le projet des peuples
La mondialisation est une ancienne aspiration humaine qui prend forme aujourd'hui grâce à l’énorme développement des technologies de communication. Celles-ci connectent tous les points de la planète, instantanément. La Globalisation, par contre, est le projet d’une minorité économique puissante qui se greffe sur cette tendance mondialisatrice, comme un parasite, et qui utilise les moyens de communication pour diffuser ses paradigmes (modèles). Par son nom même se révèle l’emphase territoriale et géopolitique de ses propositions (le globe terrestre), très loin des réelles préoccupations humaines.
Il conviendrait d’espérer que ces modèles, propagés au fruit de tant de travail, rendraient compte d’un être humain plus évolué mais, malheureusement, il n’en est pas ainsi. Bien au contraire, il s’agit d’un saut en arrière : de l’homo sapiens nous régresserions à l’homo economicus ou, pire encore, à l’homo materialis. C’est-à-dire que nous redeviendrions de vulgaires animaux de proie, comme il y a trois millions d’années, aux débuts de l’espèce humaine, mais avec juste quelques outils plus destructifs que les haches de silex.
Ils ont été sur le point d’y parvenir, mais il semble que les peuples sont en train de réagir. La discussion finale sera alors de savoir si nous voulons le darwinisme pour réguler les sociétés humaines ou si nous voulons autre chose. La lutte se livrera entre naturalisation et humanisation, entre être humain objet ou sujet, passif ou actif, mécanique ou intentionnel. Rien de nouveau, toujours le même thème : ce qui est naturel contre ce qui est humain.
Si la Globalisation est le projet des coupoles, qui heureusement semble échouer, le projet des peuples en est un autre très différent, bien qu’il ait aussi une portée mondiale : les peuples aspirent à construire la Nation Humaine Universelle, qui repose sur la confédération des nations, multiethniques, multiculturelles, multiconfessionnelles. Il s’agit, en définitive, de la convergence de la diversité humaine. Même si les manipulateurs, à la solde des coupoles, veulent les assimiler, ce sont des projets antinomiques. Alors que les coupoles s’attaquent au “globe” et promeuvent ou imposent par la force l’homogénéisation qui –croient-ils illusoirement – leur permettra de tout contrôler, les peuples, avec leur sensibilité, rassemblent les véritables aspirations humaines et parient avec sagesse sur la diversité.
L’intégration, quel que soit le niveau dans lequel elle se manifeste (national, régional ou mondial), ne peut se construire qu’à partir du respect et de la valorisation des différences. Essayer d’uniformiser les différences n’est pas seulement une erreur historique, comme nous l’avons exposé, mais c’est aussi un pas certain et rapide vers l’effet contraire : la désintégration. Face à une action, la réaction qui en résulte est proportionnelle. Donc, dans la mesure où cette force augmente, les séparatismes, les luttes ethniques et les guerres civiles vont se multiplier, ainsi que toutes ces réactions des peuples quand ils se sentent écrasés ou niés dans leur identité par un super-pouvoir arbitraire. Ainsi, les deux tendances opposées sont nettement profilées : intégrer la diversité culturelle et ethnique impliquera de résoudre de difficiles problèmes, mais c’est un chemin évolutif, ascendant, libérateur ; par contre, prétendre uniformiser le multiple pour le contrôler est une direction involutive, arbitraire et inévitablement violente.
Le Document Humaniste[5] proclame : “les humanistes aspirent à un monde non pas uniforme mais multiple : multiple par ses ethnies, ses langues et ses coutumes; multiple par ses localités, régions et provinces autonomes ; multiple par ses idées et ses aspirations ; multiple par ses croyances, son athéisme et sa religiosité ; multiple dans les formes de travail ; multiple dans la créativité.”
C’est ce monde qui commence à émerger, à l’aube du XXIème siècle.
Où se trouve le neuf ?
Quelque chose de nouveau se produit dans les têtes des habitants d’Amérique. Quelque chose de nouveau semble imprégner l’atmosphère sociale. Il ne s’agit pas du paysage urbain avec les méga autoroutes, les péages, les centres commerciaux, les téléphones mobiles, la communication instantanée ; il ne s’agit pas non plus des difficultés pour survivre dans le monde actuel dans lequel tout, absolument tout, est basé sur l’argent. Nous voyons plutôt apparaître les tentatives des peuples pour trouver une issue au moment très angoissant dans lequel vivent les sociétés.
Au-delà des réussites ou erreurs possibles dans les réponses, une recherche a surgi pour rencontrer un chemin permettant de sortir de la violence et de la discrimination, expérimentées quotidiennement. Il ne s’agit ni d'une continuité de « l'économicisme » (dans sa forme néolibérale actuelle), ni d’une révolution classique. Les peuples manifestent une recherche plus profonde qui puisse enrayer ce qui les opprime et les asphyxie, même s’ils ne savent pas exactement ce que c’est.
La révolution bolivarienne au Venezuela, impulsée par Hugo Chavez, a été soutenue, d'élection en élection, par les citoyens qui se sont mobilisés pour empêcher le coup d’Etat. Le Venezuela a utilisé son pétrole pour financer des campagnes de santé gigantesques pour son peuple et les a étendues à des centaines de milliers de latino américains. Le Venezuela s’est préoccupé de rompre les monopoles d’information et s’est solidarisé avec les peuples affectés par les catastrophes naturelles. De son côté, l’opposition s’est récemment retirée du processus démocratique, mettant en évidence la maladresse avec laquelle elle prétend reprendre le pouvoir. Les bases militaires des Etats-Unis, placées aux frontières du Venezuela, de la Colombie et de l'Equateur, ne sont là pour freiner ni les FARC, ni les trafiquants de drogues. Leur but est d’empêcher la rencontre de ces trois pays et de leur rendre difficile l’intégration, qui représente le chemin pour obtenir la paix et la démilitarisation de la zone.
En Bolivie, Evo Morales ouvre le gouvernement au monde paysan et indien. L’Amérique latine a senti la secousse du tremblement culturel qui la traverse. Evo assume la présidence à la Porte du Soleil, vêtu de l’unku, le manteau utilisé par les anciens prêtres de Tiwanaku à l’époque impérialeil y a 1.000 ans et du chuku, le chapeau à quatre pointes qui représentent les quatre points cardinaux et les couches écologiques du pays. Là-bas flamboie la wipala, avec les couleurs de l’arc-en-ciel ou le cuichi, officialisé en 1975 comme drapeau du Tahuantinsuyo. Un leader émerge du cœur de son peuple, portant un sceptre composé de deux têtes de condors remises par les amautas, les sages ou les prêtres de son peuple, aujourd’hui appelés de différentes façons (chamans, yachacs, kallawayas, guérisseurs, etc.), afin de représenter les 36 nationalités qui composent le peuple bolivien. Unissant les signes symboliques ancestraux aux nécessités de l’époque, Evo a su les adapter en se référant à la zone Est et Ouest du pays, là où les conflits ancestraux entre les Collas de l’altiplano et les Cambas de Santa Cruz existent encore. C'est peut-être la même recherche d’unité qui inspire en ce moment tous les peuples du continent[6]. Le programme lancé par Evo pour la Bolivie peut être inspirateur pour les mouvements sociaux de la région : nationalisation des ressources naturelles, investissements étrangers en tant qu'associés et non en tant que propriétaires, contrôle de la mer par les Boliviens, ainsi qu’une nouvelle Constitution qui renforce la démocratie.
Plus au Sud, dans un pays phare pour l’Amérique latine, à cause de l'application du néolibéralisme qu'il a mis en œuvre avec un fondamentalisme sans égal, on élira pour la première fois une femme, censée conduire le destin de la Nation. Michelle Bachelet, mère célibataire, divorcée et athée, est une femme qui rompt avec les valeurs imposées par le super conservatisme de ce pays.
Lula, du Brésil, issu du milieu ouvrier et Kirchner, d’Argentine, montrent tous les deux des signes d’indépendance, se débarrassant du FMI en s’acquittant de la totalité de la dette extérieure, mettant ainsi fin aux interventions dans la politique intérieure de leur pays respectif. Le cas du Front Ample en Uruguay montre les mêmes signes d’un nouveau phénomène culturel et politique naissant.
Mais en quoi consiste le neuf ? Ce n’est certainement pas le triomphe provisoire de la démocratie sociale et avec elle l’instauration définitive du néolibéralisme. Cette première lecture est très grossière et ne met pas en relief le phénomène culturel qui est en train d’apparaître. Au contraire, nous assistons à un changement culturel impressionnant, à un nouveau sentiment qui émerge et qui cherche à se concrétiser dans le paysage social. Plus rien n’est comme avant. Le changement, venu de l'intérieur, de la sensibilité des peuples, trouvera sa forme d'expression sociale et politique. Ce sont les peuples qui élisent ces gouvernants qui rompent avec les paramètres homogènes de la globalisation ; ce sont les peuples qui portent le "différent", ce sont eux qui se sont ouverts à de nouvelles réponses et à de nouveaux risques.
L’affirmation de la diversité
Le projet de globalisation qui est fondamentalement économique et qui régule le comportement social, se confronte à la réaction du "différent" et de la diversité. Même quand la Globalisation accepte le folklore et exhibe ses représentants femmes, jeunes, ou provenant d'ethnies, elle ne peut cacher que c’est l’argent et la consommation qui donne homogénéité à la population. Ayant transformé les nécessités de base liées à la santé, à l'éducation, à l'eau, à l'électricité et à la communication, en biens de consommation, elle ne satisfait ces besoins que si on les paye. Ce même pouvoir global, au travers des promesses de progrès économiques, orientera le pouvoir politique local afin de favoriser son action, au détriment des nécessités des habitants.
Néanmoins, la Globalisation se greffe sur un autre processus qui, lui, est véritablement important. Il s’agit d’une aspiration humaine orientée vers la rencontre entre cultures, vers la paix et un destin commun, vers le dépassement de la violence, de l’injustice, de la douleur et de la souffrance[7]. L’impulsion pour une humanité réunie, connectée et en communication, dirigée vers une nouvelle civilisation planétaire, existe à l’intérieur de chacun de nous. Nous ne sommes pas ici pour devenir des forces de travail semi-robotiques ou des moitiés d'esclaves, afin de satisfaire les ambitions d’un pouvoir central uniformisant, mais pour élever la condition humaine, pour que prolifère la multiplicité, pour expérimenter le contact avec la diversité, la totale diversité qui, cependant, pour moi est un pair, un frère, un égal.
Une culture matérialiste qui surgit conjoncturellement à un moment de l’histoire, ne représente qu’un instant néfaste à l’intérieur d’un processus social merveilleux. Plus tard, nous reconnaîtrons que ce moment contribua à développer des procédés technologiques afin que les peuples communiquent. Il n’a pas seulement facilité la technologie, il a aussi créé les conditions qui ont impulsé de grands ensembles humains à émigrer et à se déplacer à travers la planète, au-delà des frontières, permettant ainsi la rencontre de peuples de tous les coins de la terre, de toutes races, de toutes nations, dans toutes les langues. Ainsi, nous dirons dans les futures décennies qu’une fois de plus l’être humain s’est ouvert le chemin et s’est libéré d’un pouvoir globalisateur qui menaçait de le réduire à l’esclavage.
Aujourd’hui nous ne pouvons pas dire que cette globalisation se trouve centrée aux Etats-Unis. Le modèle "économiciste" et uniformisant de ce processus se trouve aussi en Europe, en Russie, en Chine et en Inde, centres de pouvoir qui rivaliseront pour obtenir l’hégémonie mondiale. Tant mieux si pendant ce temps là nous réussissons à lancer un nouveau projet capable de canaliser la réaction de la diversité et de produire sa convergence.
Affirmer la diversité, au-delà de son contenu poétique, signifie donner possibilité d’élaborer du neuf. Il n'existe pas d’autre moyen d’affirmer cette diversité que de la traduire en modèles et en politiques concrètes dans lesquelles elle puisse s’exprimer. La lutte pour la démocratie a du sens si cette démocratie ouvre des espaces à la diversité. Les « démocraties » de la globalisation ne le permettent pas ; en réalité, ce sont des dictatures déguisées en démocraties où les libertés sont subordonnées au contrôle économique. Celui-ci s'acquiert en donnant à l’argent et au capital une valeur disproportionnée. On considère que l’argent est le principal facteur économique, alors que la valeur du travail est niée. Si on possède l’argent, toutes les portes s’ouvrent, mais pour un travailleur qui vit de son salaire, toutes les portes sont fermées. De plus, celui qui vit du salaire est constamment menacé par le licenciement et le chômage.
Affirmer la diversité, c’est ouvrir des espaces de décisions à ceux qui, jour après jour, se heurtent aux obstacles. Cela ne peut rester à l'état de discours, sinon devenir la conviction que seule l’affirmation de la diversité peut sortir les sociétés de l’enlisement. Ouvrir les espaces aux ethnies, aux femmes et aux jeunes est une nécessité parce que de là surgiront les réponses aux interrogations de ce moment historique. Alors que le « globalisant » porte la marque du machisme, le futur, lui, dépend des femmes, qui incarnent chaque fois plus le facteur transformateur. Alors que le « globalisant » nie les ethnies, c’est pourtant ce phénomène culturel qui ouvrira le futur. Alors que le « globalisant » écrase et endort les jeunes générations, c’est par leur participation que les réponses surgiront au dilemme que traverse l’humanité.
Le modèle de la Globalisation s’impose à partir d'un centre de pouvoir constitué d'Etats nationaux. Ceux-ci, à leur tour, imposent le même modèle homogénéisateur aux provinces et aux communes. Les communes cherchent à homogénéiser les organisations sociales et celles-ci font de même avec les gens. Le modèle Globalisateur est davantage qu'un type de gouvernement: c’est une mentalité, un mode de relation qui nie l’autre, qui nie la diversité. A mesure que l’on comprendra qu’il n’y a pas d'issue par cette voie et que l’unique possibilité se trouve précisément dans l’autre, dans le différent, cette mentalité reculera.
La mentalité uniformisante empreigne nos relations affectives et génère une atmosphère de cruauté. Cette négation de la diversité produit une réaction violente. L’idéologie de la globalisation nous dit le contraire et ainsi favorise les nouveaux fascismes, exacerbant la violence, car c’est l’unique méthode par laquelle elle peut avancer.
Affirmer la diversité, c’est lutter pour transformer les structures sociales qui empêchent son expression. La diversité peut se manifester en approfondissant la démocratie, en s'ouvrant à la diversité des modèles économiques dans lesquels la valeur travail équivaut à celle du capital. en assurant à chaque individu l’éducation, la santé, la retraite, quelles que soient ses origines.
La convergence de la diversité
Plus la globalisation avance, concentrant le pouvoir et la richesse, plus les réseaux sociaux se désarticulent et les diversités s'atomisent chaque fois plus, déstructurant ainsi la base sociale. Les pouvoirs globaux n'en sont pas affectés, car l'atomisation de la société facilite leur contrôle et leur domination, au moins momentanément. De même que le renforcement de la diversité dynamise la société et fait renaître la créativité pour résoudre les nécessités imposées par le moment historique, de même, si cette diversité ne trouve pas le moyen de converger et de se complémenter, l'atomisation progressive aboutira à une situation chaotique générale. Dans ce contexte, on cherchera à freiner le chaos par la force brutale, mais cela ne fera qu'augmenter la vélocité du désordre.
La diversité a de la force lorsqu'elle arrive à converger ; mais comment peut converger ce qui ne cherche qu'à s'affirmer soi-même ? C'est la propre pression exercée par le système globalisateur, la situation de violence et de déshumanisation grandissante qu'il génère, qui permet que surgisse une nouvelle tentative pour humaniser la société. Il s'agit d'un projet commun qui commence à s'ébaucher dans différents milieux et à caresser les multitudes. Il s'agit d'un sentiment et d'une intuition, avant même d'être formulé comme une idéologie ou un programme. Au milieu de la tourmente, lorsque l'on ne rencontre plus de réponses, ni dans les choses connues ni en soi-même, « quelque chose de nouveau » s'insinue pour guider l’humanité à bon port. Il s'agit du projet commun de la diversité. Comme nous l'avons dit auparavant, c'est un projet opposé à la Globalisation parce qu'il affirme l'individu mais pas l'individualisme ; parce qu'il affirme le national mais pas le nationalisme ; parce qu'il affirme la racine culturelle des peuples mais pas la violence enracinée en eux ; parce qu'il affirme la femme mais aussi l'homme ; parce qu'il affirme le jeune mais valorise aussi les anciens. Il s'agit d'un projet où la valeur porte sur la diversité, sur le distinct.
Pendant que les Etats Unis, dans un pathétique rôle de super héros caricatural, continuent à pousser le monde vers le choc culturel, vers la dictature du capital, vers la menace nucléaire et le débordement terroriste, l'Amérique latine est peut-être l'endroit de la planète où est en train de naître l'alternative à la Globalisation. L'Europe, la Chine, l'Inde, la Russie, qui se sont adaptés au modèle, sont aujourd'hui en compétition pour l'hégémonie mondiale. Au milieu de ce panorama convulsif, l'Amérique latine semble prendre conscience de sa culture, de sa diversité, semble prendre conscience d'être une synthèse historique de peuples et de cultures du monde. L'Amérique latine prend conscience de la valeur de ses habitants et de ses peuples, de la valeur de ses ressources naturelles et énergétiques ; elle prend conscience de la nécessité de s'unir pour produire un saut dans son histoire.
Le modèle globalisateur cherche aussi à s'implanter sur ce continent au travers des Traités de Libre Commerce (TLC) et de l'Aire de Libre Commerce des Amériques (ALCA). Il cherche à produire une pseudo intégration régionale, basée sur des critères économiques, en homogénéisant le comportement des diversités sociales, imposant un système dont la valeur centrale est l'argent. Mais il rencontre des problèmes, il se trouve face à un phénomène culturel qui commence à s'exprimer, un phénomène générique qui commence à toucher le centre social et un phénomène générationnel qui fait le vide à ses propositions.
En Amérique latine on entre aperçoit une possibilité. Il existe un espace pour élaborer un projet latino-américain qui se démarque du modèle globalisateur et qui propose quelque chose de véritablement nouveau, pouvant servir de ciment à une civilisation planétaire. Le vent des Andes, la chaleur de l'Amazonie et la brise des Océans que l'on y rencontre dissolvent les différences, les disputes et les petitesses, pour converger en un projet essentiel : construire la Nation Humaine Latino-américaine qui, une fois créée, sera l'avant garde de la future Nation Humaine Universelle.
Une Nation Humaine Latino-américaine
Il arrive fréquemment que l'on confonde la Nation avec l'Etat, alors que ce sont des concepts et des mises en place très différents. La Nation est un projet dans lequel confluent différents peuples et différentes cultures contribuant au projet majeur, sans perdre pour autant leur identité et leur particularité. L'Etat est un mode transitoire d'organisation des sociétés, qui concentre et monopolise le pouvoir. Actuellement, il perd sa souveraineté au profit des pouvoirs financiers transnationaux. La Nation, par contre, est un projet lancé vers le futur, une réponse culturelle élaborée par un ensemble humain, afin de satisfaire les nécessités et afin de dépasser la douleur et la souffrance. Le projet de Nation peut surgir à un moment historique, se développer et atteindre sa plénitude ou bien stagner dans sa tentative et disparaître. Mais il peut aussi se développer et se transformer pour accomplir l'un des sens de la vie humaine, notamment de constituer la Nation humaine universelle[8].
La construction de Nations est une tentative qui n'a rien d'étrange ; c'est le cas des Etats-Unis et plus récemment de l'Europe. Le premier l’a payé avec une guerre civile et le second avec deux guerres mondiales. Toujours est-il que ces modèles ont prit le caractère concentrateur de la globalisation. Dans ce contexte, l'Amérique latine sera coincée par l'intégration projetée par les pouvoirs économiques globaux qui l'entraînera vers des contradictions insupportables : la pauvreté de ses habitants et la destruction de son milieu ambiant, avec l'usurpation de ses matières premières et énergétiques. Les populations commenceront à avoir la sensation d'être aux ordres des transnationales, qui, tous les mois, leur feront payer l'eau, l'électricité, le téléphone, le gaz, les canalisations d'eau insalubre, la TV, les assurances, les déplacements par les routes et les villes, etc.
La globalisation économique ne prend en considération, ni la réaction des cultures, ni les diversités, alors que celles-ci cherchent à s'affirmer. Elle ne prend pas en considération le choc avec l'Islam qui a fait reculer le monde à l'ère de la bombe atomique et ne prend pas en considération le phénomène culturel qui se réveillera en Amérique.
Aujourd'hui, le paysage de l'Amérique latine est constitué de multiples paysages, d'un regard constitué de multiples regards, qui, tantôt s'unissent, tantôt se séparent. C’est le point de rencontre entre ceux de l’intérieur et ceux de l’extérieur : les ethnies indigènes et les migrations d'européens, d'asiatiques et d'africains. Là convergent "tous les sangs", multiples regards qui doivent commencer à se reconnaître et à se rencontrer. Chaque latino-américain est un visage aux multiples visages. Chaque culture représente l'image unique et diverse de l'essence humaine ; chacune est faite de dépassements de la douleur et de la souffrance, dans sa biographie et son histoire. Chacun des peuples de l'Amérique latine, qu'il soit originaire du lieu, européen, africain ou asiatique, se mélange aux autres avec une profonde impulsion de libération. Chacun traduit cette impulsion et son humanisme par ses chants, ses coutumes, sa religiosité. Mettre en avant l'attitude humaniste et les meilleures vertus, traduites dans la langue propre à chaque peuple, est le sens du mouvement culturel qui créera l'identité d'Amérique[9].
Vers une Confédération de Nations
On peut avancer jusqu'à parvenir à la construction d'une nation humaine latino-américaine, si c'est la volonté des peuples. Cette volonté s'exprime par une démocratie réelle dans laquelle toutes les diversités ont un espace et le pouvoir de décision. De cette façon, on ira vers une fédération régionale, dans laquelle le pouvoir de décision sera dans les localités et non dans une superstructure régionale.
Une première étape, pour avancer vers l'intégration des peuples, doit considérer :
1.La résolution de tous les conflits historiques entre les pays.Au cours du Forum Humaniste Latino-américain, qui se réalisera à Quito, en octobre 2006, se réuniront les courants humanistes de toute l'Amérique, afin d'avancer dans la construction d'un mouvement social, politique et culturel latino-américain. Ce mouvement impulsera la rencontre des peuples, des cultures, des organisations sociales, politiques et culturelles ; il convoquera toute organisation sensible au thème de la discrimination exercée par les pouvoirs de la globalisation ; et pour les partis adhérents au Forum, il élaborera une plate-forme politique comprenant ces 6 points. Nous vivons des moments de changement, d'opportunités et de futur, mais la direction du changement dépendra de la force que prendra le mouvement social latino-américain. Nous nous rencontrerons là-bas pour former et fortifier les réseaux sociaux, culturels et politiques qui existent dans les pays du continent.
2.Le désarmement progressif et proportionnel dans tous les pays de la région, dédiant les ressources à la santé et à l'éducation.
3.La libre circulation des personnes dans les pays de la région.
4.La récupération des ressources naturelles, minières, de la pêche, des forêts et énergétiques.
5.Des accords d'intégration économique qui favorisent le développement de la moyenne et petite entreprise.
6.La démocratie directe et plébiscitaire.
Une nouvelle spiritualité[10]
Une force intérieure est en train de se réveiller dans les peuples d’Amérique. Cette force intérieure nous impulse vers la justice, vers la réconciliation et vers la recherche du sacré dans la profondeur de la conscience.
Cette force intérieure nous amène à considérer l’être humain comme la valeur suprême, au-dessus de l’argent, de l’Etat, de la religion, des modèles et des systèmes sociaux ; elle nous amène à impulser la liberté de pensée, à promouvoir l’égalité des droits et des opportunités pour tous les êtres humains, à encourager la diversité des coutumes et des cultures, à nous opposer à toute discrimination, à rejeter toute forme de violence physique, économique, raciale, religieuse, sexuelle, psychologique et morale.
Cette force intérieure nous anime à ne pas discriminer d’autres personnes à cause de leur religion ou de leur irréligiosité, à cause de leur croyance dans l’immortalité et le sacré.
Cette force intérieure n'est pas la spiritualité de la superstition, ce n'est pas la spiritualité de l'intolérance, ce n'est pas la spiritualité du dogme, ce n'est pas la spiritualité de la violence religieuse ; c'est la spiritualité qui s'est réveillée de son profond sommeil, afin de nourrir les êtres humains dans leurs meilleures aspirations.
Pour mener de l'avant ce projet, nous voulons rendre nos vies cohérentes, en faisant coïncider ce que nous pensons, sentons et faisons. Nous voulons dépasser la mauvaise conscience en reconnaissant nos échecs. Nous aspirons à pardonner, à réconcilier et à persuader. Nous proposons de faire s'accomplir chaque fois plus cette règle qui nous rappelle de traiter les autres comme nous voulons être traités.
Au Chili, ensemble nous pouvons
Au Chili, les premiers pas ont été donnés pour impulser un mouvement social ample, dans lequel convergent de nombreuses organisations sociales, culturelles, ethniques, politiques, syndicales, de jeunes, de retraités, d'hommes et de femmes. On l'a appelé "Ensemble nous pouvons".
C'est précisément dans le principal bastion de la globalisation qu'un mouvement important a prit forme, remuant la conscience nationale, réveillant l'intérêt de la population et touchant tout particulièrement la jeunesse. "Ensemble nous pouvons" transcenda les frontières et attira l'attention dans de nombreux pays d'Europe et d'Amérique latine. Il s’agit d’un signe de plus des temps qui approchent.
L'échange et la discussion dans les organisations de base ont permit de lancer un programme qui fut transmit lors de la récente campagne présidentielle. Ce programme se convertira dans le projet convergeant qui orientera l'action pour avancer vers une société plus juste et plus humaine. Nous aspirons à ce que cette expérience ne reste pas seulement au Chili, sinon qu'elle inspire le mouvement social latino-américain qui voit le jour dans le paysage social d'Amérique.
Notes :
[1]. Selon le Second Principe de Termodynamique, un système fermé est celui qui n'a aucun échange d'énergie avec un autre système. Dans ce contexte, la dégradation énergétique se produit de façon inévitable jusqu'à atteindre sa mort thermique, moment où aucun phénomène ne peut se produire dans ce sustème. Jusqu'à présent, rien ne semble pouvoir échapper à son destin, ni même la vie humaine. (le hasard et la nécessité – Jacques Monod – Editions Metatemas 1993).
[2]. Ouvrir un système signifie rompre l'équilibre énergétique qui l'empêche de fonctionner. Il est bon de noter qu'en thermodynamique, l'uniformité (ou équilibre) équivaut au désordre et à la mort du système, étant donné que les différences de potentiel qui lui confèrent sa capacité de travail on disparu.
[3]. Etat parallèle. “En effet, les décisions les plus importantes pour l’ensemble des hommes sont prises par des personnages qui appartiennent à une collectivité très réduite, et qui détiennent un pouvoir partagé par consentement mutuel... Cette société de l’argent exerce actuellement une telle domination au moyen de sa richesse que c’est elle qui oriente le futur de toute la planète; c’est elle qui choisit la direction, mais son unique boussole est le raisonnement économique. Les calimités résultantes de la perte des points de référence sont interminables.” (J’accuse l’économie triomphante, Albert Jacquard. Editions Andrès Bello, Chili 1996).
[4]. Dans des systèmes éloignés de l’équilibre, la dissipation d’énergie permet parfois d’observer la création d’un ordre local. Ilya Prigogine, physicien belge et Premier Prix Nobel 1977, a décrit ces formations, qu’il appelle structures dissipatives. Ces dites structures rompent la tendance à l’augmentation de l’entropie du système et génèrent ce qu'il appela une bifurcation. (“La pensée de Prigogine”, Arnaud Spire. Editions Andrès Bello, Chili 2000).
En accord avec notre hypothèse, les variantes culturelles à l’intérieur de l’espèce humaine produiraient la même chose et s’ouvriraient une ou plusieurs bifurcations qui rompraient la tendance mécanique à la déstructuration totale du système.
[5]. Lettres à mes amis, Sixième Lettre. Silo, Oeuvres Complètes. Editions Plaza y Valdes, Argentine. Editions Références, France.
[6]. Cérémonie de Contexte Culturel de Evo Morales en Bolivie, José Salcedo, Forum Humaniste Latino-américain, Equateur.
[7]. Document du Centre des Cultures, Mouvement humaniste.
[8]. "Le Nouvel Humanisme est internationaliste à condition qu'il respecte la diversité des cultures et des régions. Il affirme son internationalisme, précisément par la convergence des diversités, dirigée vers une nation humaine universelle. Le Nouvel Humanisme incite à la création de fédérations régionales et d'une confédération mondiale basée sur un système de démocratie réelle (Dictionnaire du Nouvel Humanisme- Silo)
[9]. L'Amérique latine au cours des prochaines années. (Régionale Humaniste Latino-américaine, juin 2003)
[10]. Inspiré de la Cérémonie de Reconnaissance du "Message de Silo".
18:30 Publié dans PODEMOS | Lien permanent



