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16.12.2007
le processus bolivien en perspective
Nous avons demandé à quelques amis boliviens de nous raconter comment ils voyaient le processus bolivien en cours, voici leur réponse :
Impressions que nous sommes quelques-uns à avoir du moment actuel et un peu de contexte sur le processus qui se déroule ici.
Quelques mois avant l'élection remportée par Evo Morales (en décembre 2005), il était principalement un dirigeant syndical des cultivateurs de coca.
Depuis un bon moment, beaucoup d'organisations sociales sans filiation politique s'étaient mobilisées. Evo ne demandait pas la nationalisation [des ressources naturelles : gaz et pétrole], mais l'augmentation du pourcentage de bénéfice. Nous, nous écrivions dans les rues « Nationalisation dès maintenant » et « 50% c'est une aumône ». Avec d'autres organisations, nous participions à la coordination pour la nationalisation. La base du MAS – le Parti de Evo – voulait la nationalisation, mais il y avait des divergences sur la question. De plus, à ce moment, il y avait des désaccords internes, parce qu'il se disait que Evo n'en faisait qu'à sa tête (les organisations décident de tout en plénières, avec une culture communautaire très enracinée). C'est à dire qu'à ce moment, il avait principalement de l'influence sur les cultivateurs de la feuille de coca et cela laissait comme l'impression d'un recul à certains.
La lutte pour la nationalisation du gaz (2003) a mobilisé tout le monde. Il y a eu de gigantesques mobilisations et des répressions violentes. Le président de ce moment a dû démissionner, ainsi que celui qu'ils voulaient mettre à sa place. La demande d'une Assemblée Constituante, impulsée par les peuples indigènes – exclus durant les constitutions précédentes – a pris beaucoup d'importance, en tant que voie pour « rebâtir la Bolivie ». C'était le vice-président qui gouvernait, à la condition qu'il appelle à une nouvelle Assemblée Constituante. Lui aussi a démissionné et c'est un juge qui a pris en charge la présidence, avec la tâche d'organiser de nouvelles élections.
Finalement, peu de temps avant l'élection présidentielle, « quelque chose » s'est produit, qui a uni tous les protagonistes de la lutte, et ces nombreuses organisations se sont démenées pour soutenir Evo. Elles ne sont pas devenues pro-MAS ou pro-Evo. Evo incarnait les espoirs d'un peuple. Pas seulement des populations indigènes, mais des classes moyennes, des universitaires et des associations de quartier (très populaires). Tous, l'avons soutenu.
C'était un sentiment profond, des intentions qui se rejoignaient.
Ce n'était pas difficile à ce moment-là, d'informer nos groupes internationaux de ce qui passait ici, parce que cela ne ressemblait pas du tout à ce qu'ailleurs on appelait « politique ».
Evo a été élu président et a été intronisé à Tihuanaco [lieu sacré des Cultures indigènes] avec humilité, profondeur et résolution.
Après quelques temps, les provocations de la part de l'opposition, soutenue par pratiquement de toutes les chaînes de télé, n'ont pas manqué et les membres de l'Assemblée Constituante ainsi que les militants du MAS, y ont fatalement répondu. Or ces derniers n'avaient pas les compétences nécessaires pour y répondre de façon adéquate. Aussi les conflits ont provoqué des affrontements entre différents groupes de la population. Ce phénomène s'ajoutant aux critiques continuelles a finit par produire une sorte de « désillusion », puis des doutes et des critiques contaminant une partie de plus en plus ample de la population, majoritairement urbaine. A partir de ce moment, Evo est apparu dans le paysage social, soutenu par les populations indigènes et les militants du MAS, face à 6 des 9 préfets [la Bolivie est divisée administrativement en 9 régions, chacune avec un préfet ou gouverneur, NdT] et aux comités civiques montés par les chefs d'entreprises et les conservateurs, s'opposant en le dénigrant de façon caricaturale, et soutenus par une désinformation effrontée des médias. Evidemment, derrière tout cela, l'ambassade des Etats Unis est toujours très active, surtout en tentant de faire avorter la nouvelle constitution.
Une autre caractéristique d'Evo est de donner une réponse inattendue aux situations apparemment sans issue. Une réponse différente de tout ce qui semblait possible, désarticulant tout, et faisant toujours avancer les choses. Dans de tels moments, tout se passe comme s'il trouvait des réponses provenant « d'ailleurs ».
Tout cela finissait par provoquer un appel à référendum pour la destitution, demandé par la droite, comme ils ont fait avec Chavez, en incluant aussi les 9 préfets. « Pourquoi aurais-je peur du peuple ?, dit-il, que ce soit lui qui me dise de poursuivre le processus de transformations ou de revenir au libéralisme des partis traditionnels ? »
Et il les a mis en échec.
Mais ce que je voulais vous transmettre, c'est l'impression que nous avons, que de nouveau s'exprime ce sentiment profond, traduit par une action commune.
L'opposition semble ne pas savoir quoi faire, et a commencé à tourner en rond. Les gens se fatiguent.
Cette marche d'aujourd'hui (10-12-2007), les manifestations des organisations de base à Santa Cruz – ville où l'opposition est la plus forte. Des groupements et des individus qui, jusqu'il y a peu de temps, avaient une attitude critique, se mobilisent pour soutenir ces changements et la constitution proposée.
Comme avance la marée, par vagues, il semble que nous soyons au début d'une nouvelle avancée. Qui peut s'amplifier !
Heureusement, ces derniers temps, l'humanisme a beaucoup avancé en Bolivie. En structure, en présence dans différentes villes, en contact avec les organisations sociales, en diffusion, en contact avec le gouvernement. Et avec le soutien international, que nous avons commencé à impulser, chose très valorisante pour les boliviens, que personne n'avait jamais soutenus.
Ainsi, nous sommes dans une situation exceptionnelle pour tenter un apport énergique à ce processus. C'est à une autre échelle d'action que nous ont poussé les événements (opportunité donnée par la tentative bolivienne) et le travail que nous réalisons tous, dans différents domaines et en différents moments.
Espérons que le travail en ensemble nous rend plus intelligents pour déployer une action d'ensemble à une échelle qui nous est nouvelle. L'apport des différentes vertus que nous possédons pourrait nous permettre de réussir.
Le champ d'action est énorme. Nous allons avoir besoin de l'aide de tous.
20:20 Publié dans Bolivie | Lien permanent
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