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19.12.2007
Evo Morales ouvrant le Forum humaniste à La Paz
Ajout de liens :
IIème Forum Humaniste Régional d’Amérique Latine
Ce discours d’Evo a été fait sans écrit préalable. Il s’agit d’une forme très orale, très proche de ses interlocuteurs, avec quelques expressions qui sont particulières à sa culture. Malgré le soin apporté, il se pourrait que subsistent des contresens et que ses paroles aient un peu perdu de la profondeur poétique propre aux cultures amérindiennes.

Il est très important de pouvoir compter sur la présence des différentes nations qui partagent la lutte pour la vie, la lutte pour l’humanité.
En écoutant les interventions des compagnons, je pensais à quelques souvenirs à propos du terme « humaniste ». Comme toujours les moyens de communication essaient de nous manger la langue, et si nous commettons une erreur quelconque, ils l’exploitent contre nous, en particulier contre moi. Un journaliste me demandait : « Tu es de droite ou de gauche ? ». Je lui ai répondu : « De droite, assurément non, jamais, et de gauche, cela dépend, parce qu’ici en Bolivie, il y en a certains que l’on dit gauchistes qui sont le meilleur instrument de l’impérialisme nord-américain » Finalement, ma réponse a été : « Ni de gauche, ni de droite, mais humaniste ! »
A propos de cette réponse « humaniste », je vous raconte une anecdote du camarade Fidel. Un jour, je l’écoutais lors d’une intervention qui avait commencé à 6 h du soir et s’était terminée à minuit, nous nous sommes ensuite levés pour dîner. Nous avons donc commencé à dîner à 1 heure et jusqu’à 5 ou 6 heures du matin, il me parla de l’espèce humaine, de sauver la vie, de comment sauver notre maison qu’est notre terre, il parla donc de l’environnement, et lorsqu’il me parlait de la vie, de l’espèce humaine, qu’il fallait sauver l’espèce humaine, je me rendis compte que le plus important dans la vie était l’espèce humaine ; et c’est pour cela que grâce à ce professeur, à ce maître qu’est Fidel Castro, je me sens humaniste, compagnons.
Mais vous vous serez certainement réunis ici pour débattre de comment défendre la vie, comment défendre l’humanité, car nous avons l’obligation d’identifier ces instruments, ces normes, ces politiques et ces programmes qui sont les ennemis de l’humanité. Vous êtes en visite en Bolivie dans ce moment si important, alors même que des peuples, sur la base de cette conscience, se mobilisent pour défendre la vie, pour chercher l’égalité de nos peuples.
Nous sommes ici dans une salle de l’Université et je voudrais remercier les paroles de nos professeurs et universitaires, qui sont du côté de leur peuple. Comme toujours, nous ne sommes pas tous égaux. Il y a quelques professeurs et universités qui malheureusement apprennent seulement à discriminer le peuple indigène. Je ne peux comprendre comment par exemple, lorsque le mouvement indigène originaire propose l’assemblée constituante, certains boliviens et boliviennes ne l’acceptent pas. Le mouvement populaire en parle - à ce que je sache - depuis les années 88, 89 et 90 et moi je ne comprenais toujours pas ce qu’était l’assemblée constituante. Certains journalistes me l’ont expliqué, certains de mes compagnons dirigeants, certains avocats. « Nous parlons de la re-fondation de la Bolivie », me disaient-ils. Il s’agit de changer les normes qui ne défendent pas la vie, ces normes qui sont orientées vers la privatisation de nos ressources naturelles, vers la privatisation des services élémentaires.
Je voudrais argumenter quelque chose, je l’ai déjà dit au compagnon Tomas, quelque chose que nous avons lancé depuis les Etats-Unis(1) : les services élémentaires comme l’électricité, l’énergie de l’eau, le système de communication comme le téléphone et autre, ne peuvent pas être un commerce privé ; les services élémentaires ne doivent pas être privatisés : ce sont des droits humains. Comment ces services élémentaires pourraient-ils être un commerce privé ? Comment se peut-il que grâce à ces services, les capitalistes, les multinationales qui commercialisent l’eau et l’énergie se transforment en millionnaires ? Cela doit changer. Et nous pouvons seulement changer lorsqu’il y a une conscience des peuples. Nous pouvons seulement changer lorsque le peuple est uni, organisé et mobilisé pacifiquement pour persuader et convaincre, afin que certaines autorités changent de politique, de mentalité, de comportement envers la société, envers la vie et bien entendu envers l’humanité.
Je ne pouvais comprendre, durant les derniers jours que nous venons de vivre en Bolivie, que certains de nos frères étudiants, certains professeurs de quelques universités, sortent pour cracher sur ces familles indigènes paysannes qui luttent pour des transformations pacifistes, démocratiques, tout comme l’est aussi l’assemblée constituante.
Je ne peux comprendre que certaines autorités départementales fassent des marionnettes à l’effigie d’Evo Morales pour le huer, lui cracher dessus et ensuite le brûler, c’est incompréhensible.
Je suis convaincu que tant qu’il y aura du racisme, de la discrimination, il n’y aura jamais la défense de la vie, la défense de l’humanité. Il y a quelques groupes qui essaient de continuer d’humilier le peuple.
Il m’est arrivé, je dois vous le confesser, de brûler un drapeau. Savez-vous pourquoi ? Dans les années 80, plus particulièrement en 90, j’ai vu ici dans mon pays des militaires nord-américains, en uniforme, armés, conduire les forces armées, conduire la police nationale. Ils réprimaient le projet paysan, ils leur tiraient dessus. J’ai fait mon service militaire obligatoire et à la caserne, ils m’ont enseigné qu’aucun militaire étranger ne pouvait venir, armé, nous tirer dessus. Je ne pouvais donc pas comprendre comment les militaires nord-américains pouvaient arriver ainsi en uniforme, armés et nous tirer dessus. J’ai gardé beaucoup de vidéos de cela, au cas où… je ne suis pas en train de mentir ni d’accuser personne. Alors fatigués de toutes ces bagarres, dans une grande manifestation, j’ai brûlé le drapeau des USA. Ce fut la seule fois ; je ne sais pas si j’ai eu tort. Mais faire une marionnette à l’image d’une autorité, et surtout celle du président, et la brûler parce que ce président est indigène, parce qu’il est paysan, cela ne peut se comprendre. C’est cela que nous sommes en train de vivre en Bolivie. Ce n’est pas tout le monde, ils ne sont pas la majorité, c’est un groupe de quelques familles. Je ne suis pas en train d’accuser tout le monde mais quelques autorités. Je viens de lire par exemple quelques stratégies des présidents du comité civique, tout un plan pour « faire tomber l’indigène » comme disent certains membres des oligarchies de Santa Cruz. Ils disent par exemple des choses comme celles-là (il sort un papier et le lit) : « Fermeture des vannes des principaux oléoducs énergétiques qui alimentent les principales villes du pays, La Paz, Cochabamba et autres ». Vous pouvez imaginer l’égoïsme, la mesquinerie de certains dirigeants civiques de Santa Cruz, alors qu’il s’agit d’autorités élues, démocratiquement !
Je ne peux comprendre cet égoïsme, cet individualisme, ce sectarisme, ce régionalisme, cela ne peut toujours pas se comprendre. Il faudrait donc en passer par ce type d’événements ? Tant d’événements pour nous éduquer, pour sentir notre prochain, sentir la vie de nos sœurs et de nos frères qui vivent sur la planète terre et pour sentir qu’un des ennemis de l’humanité, c’est le racisme, c’est l’individualisme ?
Mais il y aussi d’autres instruments ennemis de l’humanité : c’est le capitalisme. Je ne suis pas d’accord avec le capitalisme. Il n’est pas possible que quelques familles, quelques multinationales continuent d’accumuler le capital entre quelques mains, pillant les ressources naturelles, exploitant l’être humain, et quand cela ne se passe pas comme ils veulent - je veux que vous le sachiez - ils créent des instruments de soumission, de domination ou de re-colonisation, des instruments de pillage plus grand encore, par exemple le CIADI(2). Je ne pouvais pas comprendre qu’avec ces instruments, là où il y a des conflits, entre les multinationales et les Etats, commence l’arbitrage international du CIADI et avec cet arbitrage international, les Etats ne gagnent jamais et si quelqu’un gagne c’est toujours les USA, personne d’autre.
Certainement que notre ambassadeur de Cuba (aujourd’hui ici présent) sait bien de quoi nous parlons. Après avoir assisté à quelques évènements avec le compagnon Hugo Chavez, nous avons décidé de nous retirer du CIADI, d'y renoncer. Quand des entreprises ne remplissent pas les normes d’un Etat, d’une nation, ils appellent le CIADI et ils raflent tout. Il faut alors payer des millions et des millions et maintenant nous sommes face à ce problème. Je leur ai demandé avec beaucoup de respect, au nom du peuple bolivien, au nom du gouvernement national, d’entreprendre une campagne internationale pour éradiquer le CIADI, pour nous libérer du CIADI. Nous n’avons pas besoin d’instruments qui entraînent le pillage permanent de nos ressources naturelles.
Ce serait bien que demain ou après-demain, un compagnon dirigeant, un ministre, un vice-ministre vienne, qu’il vienne vous expliquer en détail ce qu’est le CIADI. Car il faudrait parler des heures et des heures sur ce thème pour savoir comment fonctionne le CIADI, qui est malheureusement le meilleur instrument du capitalisme des multinationales.
Alors, comment est-il possible dans ce nouveau millénaire que le capitalisme se transforme en une industrie de la mort, que le capitalisme soit un instrument de profondes inégalités économiques ? Avec les inégalités, de profondes asymétries se produisent d’une famille à une autre, d’un pays à un autre, d’un continent à un autre et bien entendu, les problèmes sociaux et les problèmes économiques ne se résoudront jamais ainsi. Et bien sûr que ces confrontations se poursuivront ; les luttes pour le changement, pour la justice continueront mais lorsque les peuples commencent à se rapprocher entre eux, alors c’est la guerre. Et quand il y a la guerre, qui gagne ? D’autres multinationales, les industries de l’armement et là on voit opérer toute la course à l’armement. Pour qui ? Pour les multinationales !
Je passais en revue les guerres que nous avons eues en Bolivie ; en fait, il n’y a jamais eu de guerre ni en Bolivie ni au Chili. Cette guerre du Pacifique a été une guerre de multinationales. Je voudrais féliciter et remercier ce sentiment du peuple chilien qui a affirmé «La mer pour la Bolivie ». Quant à la guerre avec le Paraguay ? La bien mal nommée « guerre au Paraguay ». La guerre de Chaco ? Autre guerre des multinationales, autre guerre de gens qui veulent concentrer le capital entre peu de mains. A quoi servent les guerres ? Ni aux nations ni aux Etats, encore moins aux peuples mais ceux qui en meurent le plus sont les peuples. Pourquoi les guerres ?
Et voilà mon respect et mon admiration pour les humanistes ici présents. Que nous en finissions ensemble avec ces guerres. Nous commençons aussi à proposer que soient fermées ces fabriques d’armes qui servent seulement à humilier et à tuer le peuple, à renforcer le capitalisme. La fabrique d’armes, la course à l’armement est le meilleur instrument pour fortifier et protéger le capitalisme.
Je crois que nous avons beaucoup à faire à ce sujet, beaucoup de travail, vraiment beaucoup pour que les peuples en prennent conscience et la petite expérience que je voudrais vous transmettre est de nous unir, de nous organiser, de nous rendre tous conscients pour défendre la vie, pour sauver l’humanité. C’est ma meilleure expérience vécue à ce jour, continuons notre tâche de voir comment créer une plus grande conscience nationale.
Maintenant, je voudrais vous dire, frères et sœurs humanistes, ce que nous avons réalisé jusqu’à aujourd’hui. Il y a un instant notre compagnon Tomas a parlé des ressources naturelles. Il a dit que la Bolivie n’est pas un pays pauvre. Je voudrais vous dire que nous avons découvert récemment par exemple du pétrole en 4 endroits. Je ne comprends pas : cette Terre-Mère(3) est pillée depuis plus de 500 ans et elle a encore du pétrole à fleur de terre, s’écoulant au-dessus du sol. Personnellement, j’ai visité l’un des sites. C’est notre Mère Terre, appelée Pachamama, qui nous donne la vie. Mais comment est-ce possible que les multinationales emportent tout ? Regardons les résultats, et tout d’abord les résultats découlant de la modification de la loi sur les hydrocarbures. Saluons ici les mouvements sociaux qui luttent depuis 2002, 2003 pour pouvoir la modifier. Je veux que vous sachiez, mes frères qui nous rendez visite, que l’Etat bolivien recevait 300 millions par an pour les hydrocarbures. Cela a bien changé grâce à leur récupération par la nationalisation de 2004/2005. Et cette année, grâce à cette politique, la Bolivie a reçu en tant qu’Etat plus de 2000 millions de dollars.
La seconde donnée importante. Le dernier - -ou plutôt l’avant-dernier désormais - excédent de Bolivie date de 1960. Ce fut la dernière fois que la Bolivie eut un excédent fiscal. Toujours déficit, déficit. En tant que dirigeant syndicaliste par exemple, je me souviens des informations qui nous parvenaient par les différents moyens de communication. A l’approche de Noël, il fallait payer des étrennes. L’équipe économique du gouvernement, les ministres de l’économie voyageaient en Europe pour qu’on leur prête de l’argent pour payer les étrennes. C’est ça, la situation de la Bolivie. Cela fait 2, 3 jours que nous avons révisé quelques données, et nous avons vu que des crédits représentaient la plus grande partie de la coopération, pour payer des salaires, des étrennes.
Vous savez, Frères et Sœurs, je veux vous dire que l’année dernière, après avoir prêté serment en qualité de président, je me disais, toujours dans cette sorte de manifestation : « J’ai besoin de 2, 3 ans pour qu’en Bolivie on ne prête plus d’argent pour les étrennes des professeurs ». Je disais cela mais l’année dernière, pendant la 1ère année de gouvernement, on a eu un excédent fiscal, le premier depuis celui de l’année 1960.
Une autre donnée importante dans la politique macro-économique : le thème des réserves internationales. Je veux être très sincère, je ne comprenais pas ce qu’étaient les « réserves internationales » jusqu’à il y a 3, 4 ans. Je ne comprenais pas, vraiment, je ne vois pas pourquoi je devrais vous le cacher. Jusqu’en 2004, les réserves internationales de Bolivie étaient inférieures à 1.000 millions de dollars. L’année dernière, elles étaient supérieures à 1.000 millions de dollars et il y a 2 semaines, les réserves internationales de Bolivie sont passées à 5.000 millions de dollars, mes compagnons. Pour les frères d’Argentine, de Chili, ce n’est rien du tout. Le compagnon Kirchner disait lors de cette conférence internationale, le Sommet Latino-américain des chefs d’Etat, qu’il avait reçu au moment de sa nomination présidentielle des réserves internationales de 6.000 millions de dollars. Et il a dit qu’il lui restait 44.000 millions de dollars. C’est enviable. Mais en Bolivie, imaginez-vous, jusqu’en 2004, les réserves étaient inférieures à 1.000 millions ; en 2007, plus de 5.000 millions de dollars. Voilà la question, avant aussi cet argent existait, ce n’est pas qu’il n’y en avait pas, mais où allait-il, où partait cet argent ? Dans la poche de certains gouvernants ou à l’extérieur. On ne peut comprendre, je ne comprends pas où partait cet argent.
Oui, à un moment donné, j’ai dit : le pire ennemi, le pire ennemi des boliviens est la corruption.
Le second, c’était le néolibéralisme, les privatisations. Camarades, j’ai l’obligation envers vous de vous informer brièvement des problèmes que nous rencontrons en ce moment. Ce qu’on appelle l’inflation. Oui, il y a des problèmes avec quelques produits, mais en-dehors de ça, ils sont toujours en hausse ou en baisse. Je crois que quelques produits agricoles commencent à augmenter, non seulement en Bolivie mais aussi au niveau régional, y compris au niveau mondial, il y a toujours des produits agricoles qui sont à la hausse puis à la baisse, surtout avec ce que l’on appelle le biocombustible, l’agro combustible. Personnellement, je ne suis pas d’accord ; je ne sais pas ce qu’en pensent les humanistes. Je ne suis pas d’accord avec le biocombustible. Il n’est pas possible que l’on utilise certains produits agricoles pour de la ferraille nord-américaine. Nous ne pouvons accepter, mes compagnons, que notre maïs, notre canne à sucre soit utilisé pour des voitures. Cela doit être pour l’être humain et non pour les voitures. Mais là, maintenant, nous avons des problèmes. Certaines entreprises privées dérobent des produits, spéculent sur des produits, c’est impressionnant comment ils dérobent, en spéculant en premier lieu, ils pensent avoir Evo Morales à l’usure. Ensuite, en dérobant, ils font monter les prix de ces produits. Ils payent les transporteurs pour qu’ils s’arrêtent de rouler. Si ça continue, ils vont s’arrêter toute l’année. Oui, tout est bon. Bien sûr, ils cherchent un moyen d’affaiblir le gouvernement. C’est une lutte permanente de principes, d’idées, de plans, de programmes.
Peut-être que certains oligarques souhaiteraient qu’il y ait un Pinochet en Bolivie ? Mais je le sens, nous en sommes même sûrs, il n’y aura jamais un Pinochet en Bolivie. Je veux vous dire que pour cette conscience des peuples, des peuples indigènes tout particulièrement, certains marchent vers Sucre pour garantir l’assemblée constituante. D’autres marchent vers La Paz, cherchant la justice sociale, la révolution sociale, ça c’est la conscience du peuple bolivien. C’est pour cela, je vous dis, que c’est en vain que quelques politiques, quelques dirigeants civiques frappent dans des quartiers, c’est en vain qu’ils cherchent à boycotter économiquement, c’est en vain qu’ils mettent en place un complot économique, une guerre économique. Ils ne vont pas pouvoir, j’en suis convaincu, parce que nous sommes avec le peuple dans la lutte pour libérer notre pays.
(Coupure vidéo, quelques phrases ne peuvent être transcrites ici)… Aujourd’hui, ce ne sont pas les peuples qui lèvent des armes contre l’empire mais l’empire qui lève des armes contre le peuple et quelques autorités, quelques mouvements, mais nous parions sur la fin des conflits armés.
Je salue, par exemple, la grande initiative du camarade Hugo Chavez, de chercher différentes solutions au conflit armé en Colombie. Je sais qu’il est très avancé (dans cette affaire). Et nous respectons la décision du président Uribe, de décider souverainement ou non. Mais comme ce serait bien, et si j’étais le président Uribe, je le ferais, de demander à des mouvements, aux présidents, aux dirigeants, qu’ils viennent nous aider à résoudre le problème du conflit armé en Colombie. Les révolutions maintenant ne se font plus par la perte de vies, ni d’un côté, ni de l’autre. Il s’agit de faire des révolutions profondes pour défendre des vies. Pourquoi luttons-nous ? Pour défendre la vie, nous luttons pour sauver la vie, nous luttons pour sauver l’humanité. Et si j’avais ce type de conflit, je vous demanderais : « Aidez-moi à résoudre ces conflits armés ». Pour cela, il serait important que nous nous mobilisions tous pour en finir avec ce type de conflits qui existent encore dans certains pays. Changeons de mentalité, changeons d’attitudes et libérons les personnes qui sont séquestrées. Certaines personnes se retrouvent séquestrées par hasard. Quelle faute ont-elles commise ? Ce n’est pas la faute de ces personnes. Ici l’ennemi, c’est le capitalisme, et il faut affronter le capitalisme et cela sans séquestrer ni tuer personne. C’est ce que je pense, personnellement.
Camarades, il y a quelque chose d’important. Dans le mouvement indigène, nous vivons en harmonie, en solidarité avec l’être humain. J’ai commenté, il y a quelques temps, que là où je suis né, dans la communauté de Isallavi, de Ayllu Sullka, dans le département de Oruro, là, il n’y a pas de propriété privée mais des propriétés communales, collectives. Jusqu’à maintenant ! Oui, cela existe. Mais il ne s’agit pas seulement d’une propriété collective mais d’une façon de vivre en harmonie avec la Terre-Mère. La Saint André approche, c’est une fête de la Terre-Mère. Tant mieux si le cabinet m’autorise à fêter Saint André dans le Cerro Cuchi Cuchi, une grande fête de la Terre-Mère. On présente, en plus de nos excuses à nos ancêtres, à nos pères, un rite à la Terre-Mère, comme si, pour travailler la Terre-Mère, on demandait sa permission. Pour la production, on fait une autre fête. Pas comme le capitalisme qui soumet la Terre-Mère et détruit l’environnement. Et là, je soutiens beaucoup d’initiatives, beaucoup de mises en œuvre, beaucoup de présidents car si nous voulons sauver l’humanité nous avons l’obligation de sauver la planète terre, de sauver la Pachamama. Si nous ne sauvons pas la Terre-Mère, nous parlons en vain de sauver l’humanité, de défendre la vie. C’est pour cela que je ressens le capitalisme sauvage comme le premier ennemi de l’humanité et nous avons l’obligation de nous concentrer pour changer ce programme, ces modèles économiques. Modèles économiques qui sont uniquement orientés vers le pillage des ressources naturelles, la mauvaise distribution de ces ressources naturelles ou des ressources économiques qui proviennent de ces ressources naturelles.
Je voudrais que vous sachiez également une chose importante. L’année dernière, nous avons décidé de créer une bourse, Juancito Pinto, une bourse scolaire. Ensuite, nous avons travaillé pour nos personnes âgées et nous sommes en train de créer ce que l’on appelle la « Rente Digne ». En Bolivie, moins de 20 % de la population sont retraités et plus de 80% de ces retraités n’ont pas accès à la retraite. Mais plus de 80 % de la population active travaille beaucoup et gagne peu et n’ont pas droit à la retraite. Avec la « Rente Digne », nous travaillons pour que tous, tous puissent être retraités en Bolivie avec une rente minime.
La politique, c’est servir le peuple ; si nous nous sommes mis dans la politique, c’est pour servir le peuple. Nous luttons en permanence pour voir comment expliquer au peuple, comment faire comprendre que la politique est une science au service du peuple. C’est un chemin, c’est une lutte permanente et en essayant toujours de chercher l’égalité. Même s'il n'y aura jamais une réelle égalité, on peut au moins réduire les différences économiques. Compagnons, aidez nous à persuader, à convaincre ces quelques familles qui aujourd'hui possèdent beaucoup, qui ne pensent qu'à elles et non au peuple.
Ces quelques personnes, qui montrent tant de mesquinerie envers le peuple et cette fraternité avec l’empire ! Ces familles qui ne pensent pas à leur patrie mais ne pensent qu’à leur argent !
Cette série d’événements (qui viennent de se produire), je sens que cela peut être une grande leçon, comme une grande université pour que ces familles aient un sentiment pour le peuple, un sentiment pour l’humanité, un sentiment pour l’être humain et qu’elles ne pensent plus seulement à elles. C’est la demande que je vous fais.
Autre chose de très important, mes compagnons. Quelques moyens de communication dont dispose l’Etat, un réseau que nous sommes en train de créer, ce que nous avons appelé « Patria Nueva »(4), vont orienter le peuple, expliquer la violence, expliquer pourquoi nous parions sur l’humanité. Votre présence va être très importante pour renforcer et donner de la puissance à ce processus de changement qui, il est vrai, est impressionnant. Nous le voyons bien quand nous sommes ici ou là, visitant un endroit ou un autre, parfois apportant une réponse, parfois collectant des propositions ou répondant à des demandes, parfois aussi lorsqu’ils viennent demander des financements, nous sommes obligés de dire que nous ne pouvons pas encore satisfaire cette demande.
Je voudrais aussi exprimer, sans aucune peur, mon respect et mon admiration à Cuba et au Venezuela pour leur solidarité inconditionnelle. Je ne comprends pas, chers Frères et Sœurs, par exemple, les frères cubains se sont présentés ici et m’ont dit : « Président, où installons-nous les 10 premiers centres ophtalmologiques ? » Je ne pouvais y croire. Cela n’entrait pas dans mon disque dur. Bon, on a décidé d’en mettre ici et là. En 2002, 180 000 personnes ont été opérées. J’en suis arrivé à la conclusion que c’est cela l’expérience de la famille, de la famille pauvre qui est solidaire avec le peuple, je suis parvenu à cette conclusion après avoir vu cette action.
Chers frères et sœurs visiteurs, bon séjour. Je voudrais connaître les conclusions de ce grand événement, pour mieux m’engager, et même en tant qu’humaniste, comme vous l’êtes tous ici, frères et sœurs.
Merci beaucoup.
Evo Morales, président de la république de Bolivie
Discours d’ouverture
La Paz – Bolivie
Discours d’ouverture
La Paz – Bolivie
1 Il se réfère certainement ici au discours qu’il prononça à New York, à l’assemblée générale de l’ONU, le 24 septembre 2007.
2 Centro Internacional de Arreglo de Diferencias Relativas a Inversiones(CIADI) (institution appartenant à la banque mondiale, dont le siège est à Washington)
3 La Pachamama. En espagnol : Madre Tierra ; en français, on dit plutôt la Terre-Mère. Mais nous tenons à souligner qu’il s’agit là de la Mère Terre, c'est-à-dire notre mère (sacrée), la terre.
4 « Nouvelle Patrie »
23:55 Publié dans Bolivie | Lien permanent
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